Un jeune, une question, un océan
- 19 mai
- 5 min de lecture

Il suffit parfois d’une seule question pour pousser quelqu’un à agir, comme ce fut le cas pour Boyan Slat qui, à l’âge de 16 ans, s’est retrouvé face à une mer Méditerranée remplie de plastique et s’est demandé : « Pourquoi ne pourrions-nous pas simplement nettoyer tout ça ? » Au lieu de rentrer chez lui et d’oublier ce qu’il avait vu, Boyan est passé à l’action.
À l’origine simple projet scolaire, l’initiative est devenue une conférence TED. Cette présentation virale a suscité un tel élan qu’en 2013, Boyan Slat a quitté l’université pour créer The Ocean Cleanup, une organisation à but non lucratif dédiée à la lutte contre la pollution plastique des océans. Installée à Rotterdam, aux Pays-Bas, l’organisation compte aujourd’hui plus de 150 collaborateurs et s’impose comme l’un des acteurs majeurs du nettoyage des océans et des cours d’eau à travers le monde.
Le plastique dans nos océans

Chaque année, des centaines de milliers de tonnes de plastique se déversent dans les océans du monde. Transportés par les courants marins, ces déchets provenant des terres s’accumulent dans cinq gigantesques tourbillons à travers la planète (NOAA, 2026). La plus grande zone d’accumulation est connue sous le nom de « Great Pacific Garbage Patch », une immense masse de déchets plastiques immergée dont la superficie serait estimée à deux fois celle de la France métropolitaine (ou celle de l’État du Texas).
Le défi aujourd’hui est que la pollution plastique dans nos océans ne forme pas une île de déchets facilement visible : elle est dispersée sous la surface de l’eau. Au fil de leur trajet dans les océans, les plastiques se fragmentent lentement en morceaux de plus en plus petits, appelés microplastiques. Ces microplastiques sont ensuite ingérés par les animaux et ont déjà pénétré notre chaîne alimentaire mondiale. Un nombre croissant d’études montre que les microplastiques ne dégradent pas seulement l’environnement et les écosystèmes : ils commencent aussi à représenter un risque majeur pour la santé humaine à l’échelle mondiale (Mišľanová et al., 2024).
À l’origine, The Ocean Cleanup a conçu et déployé des systèmes de collecte du plastique en mer spécialement pensés pour récupérer les déchets à la surface grâce à des filets capables de laisser passer la faune marine. Plus récemment, les propres recherches de l’organisation ont révélé un constat à la fois alarmant et porteur d’espoir : seulement 1 000 des quelque trois millions de rivières du monde seraient responsables de 80 % de la pollution plastique transportée par les cours d’eau vers les océans. Cela signifie que, malgré l’ampleur du problème, il existe des points de concentration clairement identifiables et donc, des endroits où il est possible d’agir efficacement.
Découvrez l’Interceptor
Pour lutter contre le flux de déchets plastiques transportés par les rivières, The Ocean Cleanup a conçu un dispositif appelé l’Interceptor, destiné à capturer les déchets flottants avant qu’ils n’atteignent la mer. Chaque rivière étant différente, l’Interceptor est adapté afin de collecter efficacement les déchets dans des environnements variés.
Interceptor Original : un bateau autonome alimenté par l’énergie solaire, équipé d’un tapis roulant qui récupère les déchets plastiques et les charge dans des conteneurs.
Interceptor Barrier : un filet flottant en forme de U qui capture les déchets plastiques à l’embouchure des rivières.
Interceptor Barricade : un dispositif conçu pour les environnements extrêmes, où les crues de mousson peuvent provoquer de véritables « tsunamis de déchets » dévalant les rivières.

À ce jour, ces différents systèmes ont permis de retirer plus de 40 millions de kilogrammes de déchets des rivières à travers le monde. Les Interceptors sont désormais utilisés dans plusieurs pays, notamment en Indonésie, en Malaisie, en République dominicaine, au Vietnam, aux États-Unis, en Thaïlande, en Jamaïque ou encore au Guatemala.
Le programme de nettoyage des rivières associe de manière remarquable recherche scientifique et coopération avec les communautés locales. Au début de chaque projet, les équipes analysent les cours d’eau à l’aide de technologies telles que les drones et la télédétection afin de cartographier précisément les rivières et leur environnement. Elles travaillent également en étroite collaboration avec les habitants et les systèmes locaux de gestion des déchets, ce qui favorise l’implication des communautés concernées. Les déchets collectés sont ensuite triés, avec un effort important consacré au recyclage du plastique, tout en cherchant à identifier l’origine des déchets afin de s’attaquer aux causes profondes du problème.
Voir plus grand : le programme des 30 villes.
Fort du succès des opérations de nettoyage menées dans certaines rivières, The Ocean Cleanup se tourne désormais vers un projet encore plus ambitieux : la gestion de la pollution à l’échelle de villes entières. Le programme « 30 Cities » reprend le principe des Interceptors et l’étend à l’ensemble des voies navigables d’une zone urbaine donnée. Cette approche inclut également de nouvelles actions, comme les « coastal sweeps », qui consistent à nettoyer les plages et les écosystèmes côtiers situés en aval des Interceptors afin de mieux limiter la propagation des déchets.
Le programme est actuellement en cours de déploiement ou en préparation dans huit villes : Mumbai (Inde), Jakarta (Indonésie), Montego Bay (Jamaïque), Kuala Lumpur (Malaisie), Panama (Panama), Manille (Philippines), Bangkok (Thaïlande) et Los Angeles (États-Unis). Selon The Ocean Cleanup, ce programme pourrait à lui seul réduire jusqu’à un tiers de la pollution plastique transportée par les rivières vers les océans à l’échelle mondiale.
Il est important de souligner que ce programme a été conçu pour continuer à fonctionner durablement, même après le départ de The Ocean Cleanup de ces régions. Les autorités locales et les communautés sont associées aux projets dès le départ, afin de recevoir la formation, le soutien et les équipements nécessaires pour pouvoir entretenir elles-mêmes des voies navigables propres sur le long terme.
Quelle leçon pouvons-nous en tirer ?
Boyan Slat est un parfait exemple de ce qu’est un véritable militant engagé. Il n’a pas attendu qu’une personne plus âgée, plus qualifiée ou disposant de davantage de moyens agisse à sa place. Confronté à un problème, il s’est posé une question, puis il est passé à l’action. Grâce à la recherche, à la persévérance et à son engagement, Slat a réussi à développer des solutions capables de lutter concrètement contre le problème qui le préoccupait.
Aucun d’entre nous n’a besoin de construire un Interceptor. En revanche, nous pouvons tous poser des questions, exprimer nos idées et agir à notre échelle. Nous pouvons soutenir les organisations engagées dans cette lutte par des dons, des collectes de fonds ou simplement en relayant leurs actions et leurs histoires. Nous pouvons nous mobiliser avec notre communauté pour nettoyer une rivière ou un ruisseau près de chez nous, ou même le faire seuls. Et surtout, nous pouvons rester informés et faire de notre mieux pour sensibiliser les autres.

L’objectif de The Ocean Cleanup est d’éliminer 90 % des déchets plastiques flottant dans les océans d’ici 2040. Comme l’organisation le formule elle-même, elle espère parvenir un jour à « se rendre inutile ».
C’est précisément le type d’ambition dont le mouvement pour le climat a besoin aujourd’hui.
Sources & Crédits
The Ocean Cleanup — About: https://theoceancleanup.com/about/
The Ocean Cleanup — Rivers / Interceptors: https://theoceancleanup.com/rivers/
NOAA (2026). What are garbage patches? Accessed from: https://oceanservice.noaa.gov/education/tutorial-coastal/marine-debris/md05.html#:~:text=Garbage%20patches%20are%20large%20areas,see%20any%20debris%20at%20all.
Mišľanová C, Valachovičová M, Slezáková Z. (2024). An Overview of the Possible Exposure of Infants to Microplastics. Life (Basel). Mar 12;14(3):371. doi: 10.3390/life14030371. PMID: 38541696; PMCID: PMC10971803.
"World's largest collection of ocean garbage is twice the size of Texas". USA Today. Archived from the original on 15 February 2020.
Photos: The Ocean Cleanup Media Gallery — https://theoceancleanup.com/media-gallery/ (© The Ocean Cleanup, used with credit)




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