Le coût de l’EACOP
- il y a 6 jours
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Le développement ne doit pas se faire au détriment des populations ni de la nature
par ATIM EDITH LABEJA (Militant écologiste et avocat spécialisé dans les droits humains)

L’oléoduc de pétrole brut d’Afrique de l’Est (EACOP) est l’un des plus grands projets d’infrastructure énergétique d’Afrique. S’étendant des champs pétrolifères ougandais du rift Albertin jusqu’au port tanzanien de Tanga, l’oléoduc a été présenté comme un symbole de création d’emplois, de développement économique et de coopération régionale. Si ces promesses sont séduisantes, il est néanmoins essentiel de se poser une question cruciale. À quel prix ce développement se fera-t-il ?
En tant que militant pour le climat, écologiste et défenseur des droits humains, je considère que le développement doit améliorer la vie des populations sans détruire l’environnement dont dépend leur existence. L’EACOP suscite un vif débat, car il soulève des préoccupations qui ne peuvent être ignorées.
L’oléoduc traverse des zones écologiquement sensibles, notamment des écosystèmes qui abritent une faune sauvage et comprennent des forêts, des zones humides et des ressources en eau. Ces milieux naturels sont essentiels non seulement à la biodiversité, mais aussi aux communautés locales qui en dépendent pour l’agriculture, la pêche et leur subsistance quotidienne. Toute marée noire ou catastrophe environnementale pourrait avoir des conséquences durables, tant pour les populations que pour la nature. L’histoire nous a montré que, partout dans le monde, les infrastructures pétrolières comportent souvent des risques susceptibles d’entraîner des dommages environnementaux. L’Afrique de l’Est devrait tirer les leçons de ces expériences plutôt que de les reproduire.
Le changement climatique constitue une autre préoccupation majeure. À l’heure où le monde est confronté à la hausse des températures, aux sécheresses, aux inondations et à des phénomènes météorologiques de plus en plus imprévisibles, investir massivement dans des infrastructures liées aux énergies fossiles nous éloigne des objectifs climatiques mondiaux. Les pays africains comptent parmi les moins responsables des émissions mondiales de gaz à effet de serre, alors même qu’ils figurent parmi les plus vulnérables aux effets du changement climatique. En Ouganda et en Tanzanie, les populations subissent déjà les conséquences du dérèglement climatique, qui affecte l’agriculture, la sécurité alimentaire et leurs moyens de subsistance. La construction d’infrastructures pétrolières destinées à fonctionner sur le long terme risque d’accroître la dépendance aux énergies fossiles, alors que le monde s’oriente de plus en plus vers des sources d’énergie plus propres.
Au-delà des préoccupations environnementales, des questions relatives aux droits humains ont également émergé dans le cadre des débats autour de l’EACOP. Des rapports d’organisations de la société civile ont fait état de préoccupations concernant l’acquisition des terres, les procédures d’indemnisation et les moyens de subsistance des populations touchées. De nombreuses familles ont dû céder des terres qui les faisaient vivre depuis des générations. Bien que des mécanismes d’indemnisation existent, des inquiétudes subsistent quant aux délais, au caractère suffisant des indemnisations et à la capacité des foyers concernés à reconstruire leur vie. Les projets de développement ne devraient jamais rendre les populations plus pauvres ou plus vulnérables qu’elles ne l’étaient auparavant.
Cependant, s’opposer à des projets qui mettent en péril l’environnement et les droits humains ne signifie pas s’opposer au développement lui-même. L’Ouganda et la Tanzanie ont parfaitement le droit de poursuivre leur croissance économique et d’améliorer le bien-être de leurs citoyens. L’enjeu consiste à garantir un développement inclusif, durable et responsable. Les gouvernements, les investisseurs et les promoteurs du projet doivent faire de la transparence, de la protection de l’environnement et du respect des droits des populations des priorités à chaque étape de sa mise en œuvre.
Le débat autour de l’EACOP porte en définitive sur l’avenir que nous souhaitons construire. Développement économique et protection de l’environnement ne sont pas des objectifs incompatibles. Le véritable progrès consiste à créer de la prospérité tout en préservant les écosystèmes, en respectant la dignité humaine et en protégeant les générations futures.
En tant que citoyens, militants, décideurs politiques et responsables locaux, nous devons continuer à poser les questions qui dérangent et à exiger des solutions responsables. Les choix faits aujourd’hui façonneront non seulement l’économie de la région, mais aussi son environnement, ses populations et son avenir climatique. Le développement ne devrait pas se mesurer uniquement à l’aune des profits réalisés et des infrastructures construites, mais aussi au bien-être des populations et à la santé de la planète que nous partageons tous.




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